Le modèle de la revente d’électricité solaire tel qu’il existait depuis plus d’une décennie est en train de s’éteindre. En 2026, les particuliers qui misaient sur la vente totale de leur production photovoltaïque à EDF OA se retrouvent face à un changement de paradigme : les tarifs de rachat sont au plus bas et l’État oriente désormais clairement sa politique vers l’autoconsommation. Faut-il pour autant abandonner l’idée de revendre son électricité ? Pas nécessairement, mais les règles du jeu ont profondément changé.

Ce qui change concrètement pour la revente solaire en 2026
La suppression de la vente totale pour les installations de moins de 9 kWc
C’est le changement le plus structurant intervenu depuis mars 2025 : l’option vente totale n’existe plus pour les installations d’une puissance inférieure à 9 kWc, soit la grande majorité des projets résidentiels. Concrètement, un particulier qui installe des panneaux solaires sur sa toiture ne peut plus injecter 100 % de sa production sur le réseau contre rémunération. Il doit obligatoirement opter pour l’autoconsommation avec vente du surplus. Cette suppression, actée par l’arrêté du 26 mars 2025 modifiant le dispositif S21, marque la fin d’un modèle où certains propriétaires installaient des panneaux sur des résidences secondaires ou des logements locatifs dans le seul but de percevoir un revenu garanti sur 20 ans.
Des tarifs de rachat EDF OA en baisse continue
Au-delà de cette suppression, la tendance de fond est sans équivoque : les tarifs de rachat photovoltaïque diminuent trimestre après trimestre. Pour les petites installations de moins de 9 kWc, le tarif de rachat du surplus est tombé à 0,04 €/kWh, un niveau plancher qui n’a plus bougé depuis plusieurs trimestres. Pour les installations entre 9 et 100 kWc, les tarifs ont chuté de 13 % au 1ᵉʳ trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent, et de plus de 42 % sur un an pour la vente totale. Cette érosion reflète la baisse du coût des équipements photovoltaïques, mais aussi une volonté politique claire de réorienter les aides publiques.
Les tarifs de rachat photovoltaïque au 1ᵉʳ trimestre 2026
Grille tarifaire en autoconsommation avec vente du surplus
Pour la période du 1ᵉʳ janvier au 31 mars 2026, les tarifs EDF OA en autoconsommation avec vente du surplus sont les suivants :
- ≤ 9 kWc : 0,04 €/kWh (tarif stable)
- 9 à 100 kWc : 0,0536 €/kWh
La prime à l’autoconsommation s’élève à 80 €/kWc pour les installations de moins de 9 kWc, versée en une seule fois lors de la première facturation. Pour une installation de 6 kWc, cela représente 480 € de prime. Au-delà de 9 kWc, cette prime a subi une baisse de 13 % par rapport au trimestre précédent.
Grille tarifaire en vente totale (9 à 100 kWc)
La vente totale reste accessible uniquement pour les installations de 9 à 100 kWc. Les tarifs au T1 2026 sont les suivants :
- 9 à 36 kWc : 0,1049 €/kWh
- 36 à 100 kWc : 0,0912 €/kWh
Ces tarifs sont garantis sur 20 ans à compter de la date de demande complète de raccordement. Ils restent intéressants pour les projets sur toitures professionnelles, hangars agricoles ou ombrières, où la consommation sur place est faible. À noter également que le seuil d’éligibilité à l’obligation d’achat a été abaissé de 500 à 200 kWc depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, les projets plus importants devant désormais passer par un appel d’offres simplifié (AOS).
Pourquoi l’État pousse vers l’autoconsommation
Une logique économique qui favorise la consommation directe
L’explication est arithmétique. Avec un prix du kWh réseau qui avoisine les 0,25 à 0,30 € TTC pour un particulier, chaque kilowattheure produit et consommé directement représente une économie bien supérieure aux 0,04 € obtenus par la revente du surplus. Autrement dit, un kWh autoconsommé vaut six à sept fois plus qu’un kWh revendu. L’État considère par ailleurs que l’autoconsommation réduit la pression sur le réseau électrique en limitant les flux d’injection, ce qui diminue les coûts d’infrastructure et de gestion pour Enedis.
Les aides recentrées sur l’autoconsommation en 2026
Le dispositif d’aides confirme cette orientation. La prime à l’autoconsommation reste le principal levier financier pour les particuliers. Côté fiscalité, la TVA à 10 % qui s’appliquait aux installations de 3 kWc ou moins a disparu au 1ᵉʳ janvier 2026. Depuis le 1ᵉʳ octobre 2025, un taux réduit de 5,5 % est théoriquement accessible pour les installations de 9 kWc ou moins, mais sous des conditions extrêmement strictes : les panneaux doivent présenter un bilan carbone inférieur à 530 kg CO₂eq/kWc, respecter des seuils très bas en métaux lourds (argent, plomb, cadmium), et l’installation doit intégrer un système gestionnaire d’énergie (EMS) pour piloter l’autoconsommation. En pratique, très peu de panneaux disponibles sur le marché remplissent ces critères, ce qui signifie que la grande majorité des installations résidentielles sont désormais soumises à une TVA de 20 %. Par ailleurs, ni MaPrimeRénov’, ni les CEE, ni l’éco-prêt à taux zéro ne sont accessibles pour le photovoltaïque pur. Seules les installations solaires thermiques ou hybrides y sont éligibles.
Quelles stratégies pour optimiser la rentabilité de son installation solaire
Maximiser son taux d’autoconsommation
Dans ce nouveau contexte, la rentabilité d’un projet solaire repose avant tout sur le taux d’autoconsommation. Il s’agit de dimensionner son installation en fonction de sa consommation réelle plutôt que de surdimensionner pour revendre. Un logiciel de dimensionnement photovoltaïque permet justement d’ajuster la puissance installée aux besoins réels du foyer et d’estimer précisément le taux d’autoconsommation atteignable.
Programmer ses appareils énergivores (lave-linge, chauffe-eau, lave-vaisselle) pendant les heures de production solaire permet d’augmenter significativement ce taux. Le pilotage intelligent via des gestionnaires d’énergie connectés ou des routeurs solaires constitue également un levier efficace pour consommer au bon moment.
Le stockage par batterie comme levier complémentaire
L’installation d’une batterie de stockage domestique permet de conserver l’électricité produite en journée pour la consommer le soir, période où la demande est la plus forte. Avec des capacités allant de 3 à 15 kWh pour les modèles résidentiels, le stockage peut faire grimper le taux d’autoconsommation de 30-40 % à 70-80 %. Le coût des batteries reste encore élevé (entre 4 000 et 10 000 € selon la capacité), mais leur prix continue de baisser et leur intégration dans l’équation économique devient de plus en plus pertinente à mesure que les tarifs de rachat s’effondrent.